Aller au contenu

Refroidissement liquide, immersion : les innovations qui changent la construction des data centers

Innovation7 min de lecture

Pendant des décennies, refroidir un data center voulait dire souffler de l'air froid dans des allées de serveurs. Avec l'IA, ce modèle atteint ses limites : un seul rack de GPU dégage aujourd'hui autant de chaleur qu'une salle entière il y a quinze ans. Le liquide prend le relais, et c'est toute la conception des bâtiments qui change.

Circuit abstrait de refroidissement liquide autour d’un processeur
Sommaire

Pourquoi l'air ne suffit plus

Un rack de serveurs classique consomme quelques kilowatts. Un rack équipé des dernières générations de GPU en consomme plusieurs dizaines, voire plus de 100. Or toute l'électricité consommée par un serveur finit en chaleur. Au-delà de 25 à 30 kW par rack, souffler de l'air froid devient inefficace : il faudrait des débits énormes, des ventilateurs bruyants et énergivores, et l'on n'évite pas les points chauds.

Les feuilles de route des fabricants annoncent des densités encore plus fortes dans les prochaines années, certaines projections évoquant des racks de plusieurs centaines de kilowatts. Le liquide, qui transporte la chaleur beaucoup plus efficacement que l'air, devient donc indispensable pour l'IA.

Les trois grandes familles de refroidissement liquide

TechnologiePrincipeDensité typiqueImpact sur le bâtiment
Porte arrière refroidieun échangeur à eau remplace la porte arrière du rackjusqu'à quelques dizaines de kWfaible, adaptée à la rénovation
Direct-to-chipune plaque froide parcourue de liquide est posée sur chaque processeurenviron 80 à 130 kW par rackréseau hydraulique jusqu'aux baies, unités de distribution (CDU)
Immersionles serveurs baignent dans un fluide diélectrique100 à 200 kW par cuvesalle entièrement repensée, charges au sol, manutention

Le direct-to-chip, standard de fait

Le « direct liquid cooling » (DLC) amène un liquide, généralement de l'eau traitée, au plus près des composants qui chauffent, via des plaques froides vissées sur les puces. Il s'intègre aux serveurs des grands constructeurs, ce qui explique pourquoi les hyperscalers le privilégient. Dans la pratique, une partie de la chaleur (mémoire, alimentations, disques) reste évacuée par l'air : la plupart des salles d'IA sont donc hybrides, air et liquide.

L'immersion, pour aller plus loin

Plonger les serveurs dans un fluide non conducteur supprime les ventilateurs et permet des densités très élevées. Mais il faut des cuves, une manutention spécifique, des fluides à gérer sur tout leur cycle de vie et des serveurs compatibles. C'est une technologie prometteuse, encore minoritaire.

Ce que cela change pour la conception et les travaux

Le refroidissement liquide déplace la frontière entre bâtiment et informatique. Les équipes de génie climatique doivent concevoir des réseaux hydrauliques jusque dans la salle informatique, avec des unités de distribution (CDU) qui isolent le circuit des serveurs du circuit du bâtiment. Certaines CDU dépassent désormais 2 MW de capacité frigorifique.

Plusieurs points deviennent critiques :

  • la qualité de l'eau (filtration, traitement, compatibilité des matériaux) ;
  • la détection de fuites et la conception des cheminements au-dessus ou sous les baies ;
  • les charges au sol et la manutention, surtout en immersion ;
  • la coordination entre lots électricité, CVC, plomberie industrielle et informatique, idéalement pilotée en maquette BIM ;
  • la mise en service (commissioning), plus longue et plus exigeante, avec des essais de débit, de pression et de bascule.

Un bénéfice inattendu : une chaleur enfin récupérable

Dans un data center refroidi à l'air, l'eau qui sort des groupes froids est tiède, autour de 30 °C : trop froide pour alimenter un réseau de chauffage urbain. Avec le refroidissement liquide, elle peut atteindre environ 60 °C. Cette chaleur devient exploitable pour chauffer des logements, des piscines ou des serres, ce qui croise directement les nouvelles obligations réglementaires (voir Chaleur fatale : comment les data centers deviennent des chauffages urbains).

L'Ademe estime le potentiel de récupération de chaleur des data centers en France entre 4 et 13 TWh nets en 2035, en grande partie grâce au refroidissement liquide.

Et l'efficacité énergétique ?

L'indicateur de référence est le PUE (Power Usage Effectiveness) : l'énergie totale du site divisée par l'énergie consommée par l'informatique. Plus il est proche de 1, moins on « gaspille » d'énergie hors serveurs. En réduisant la ventilation et en permettant de refroidir avec de l'eau plus chaude, donc avec moins de compresseurs, le liquide améliore nettement ce ratio.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le refroidissement direct-to-chip ?

C'est une technique où une plaque métallique parcourue par un liquide est posée directement sur le processeur ou le GPU. Le liquide absorbe la chaleur et l'évacue hors du serveur vers une unité de distribution, puis vers les équipements de production de froid ou de récupération de chaleur.

Le refroidissement liquide consomme-t-il de l'eau ?

Pas forcément. Les circuits de direct-to-chip sont fermés : l'eau circule en boucle. La consommation d'eau d'un data center dépend surtout de la façon dont la chaleur est rejetée à l'extérieur (tours aéroréfrigérantes, aéroréfrigérants secs, récupération de chaleur).

Peut-on passer un data center existant au refroidissement liquide ?

Oui, souvent de manière progressive : portes arrière refroidies ou quelques rangées en direct-to-chip, avant une conversion plus large. L'immersion, elle, demande généralement une salle conçue pour.

Sources

À lire aussi

Besoin d’un ingénieur ?

Choisissez votre interlocuteur et prenez rendez-vous.

Prendre RDV

Envie de nous rejoindre ?

Consultez nos offres d'emploi et postulez directement auprès de Miles Group.

Voir les offres