Data centers en France : la carte des grands projets en 2026
La France est devenue l'un des plus grands chantiers de data centers d'Europe. Environ 350 sites sont en service, et une nouvelle génération de campus dédiés à l'intelligence artificielle, d'une puissance de plusieurs centaines de mégawatts à plus d'un gigawatt, se prépare en Île-de-France et dans les Hauts-de-France. Voici où ils se construisent, qui les porte et quand ils doivent ouvrir.

Sommaire
Un parc existant concentré autour de Paris et Marseille
Le parc français compte aujourd'hui environ 350 data centers. L'Ademe en a recensé 352 en activité en 2024, pour une consommation d'environ 8 TWh d'électricité par an. La région parisienne en est le cœur : selon Cushman & Wakefield, Paris dispose d'environ 700 MW de capacité opérationnelle, et près de 900 MW supplémentaires sont planifiés. En 2025, le marché parisien a même capté davantage d'investissements que Francfort.
Le deuxième pôle est Marseille, porté par l'arrivée de nombreux câbles sous-marins qui en font une porte d'entrée des données entre l'Europe, l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Asie. Viennent ensuite Lyon, Lille et Roubaix, historiquement liés à OVHcloud, et quelques sites régionaux.
La nouvelle génération : les campus géants de l'IA
Depuis le Sommet pour l'action sur l'IA de février 2025, la logique a changé. Les nouveaux projets ne sont plus des salles informatiques de quelques mégawatts mais de véritables sites industriels, dimensionnés pour des milliers de processeurs graphiques (GPU).
| Projet | Localisation | Porteurs | Puissance visée | Calendrier annoncé |
|---|---|---|---|---|
| Campus IA | Fouju (Seine-et-Marne) | MGX, Bpifrance, Mistral AI, Nvidia | jusqu'à 1,4 GW | 1re phase en 2028 |
| Programme SoftBank, phase 1 | Dunkerque (Loon-Plage), Bosquel, Bouchain | SoftBank | 3,1 GW au total | d'ici 2031 |
| Campus Data4 | Escaudain (Nord) | Data4 | 5 Md€ d'investissement | annoncé en juin 2026 |
| Campus Brookfield | Cambrai (Nord) | Brookfield, Data4 | environ 1 GW | en développement |
| Campus Digital Realty | Dugny (Seine-Saint-Denis) | Digital Realty | 176 MW IT | en construction |
| AI Factory OpCore | près de Montereau (Seine-et-Marne) | OpCore | 400 MW | en préparation |
| Data center Mistral AI | Bruyères-le-Châtel (Essonne) | Mistral AI | 44 MW | annoncé pour 2026 |
| Premier site Google en propre | Indre, près de Châteauroux | environ 195 ha de foncier | en projet |
Fouju, le projet le plus emblématique
Le Campus IA de Fouju, à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Paris, est le plus grand projet de data center du pays. Il doit atteindre à terme 1,4 GW, l'ordre de grandeur d'un réacteur nucléaire, pour un investissement estimé à 50 milliards d'euros. Il a obtenu son autorisation préfectorale fin juillet 2026, et la première phase est attendue en 2028. Le projet reste contesté : plusieurs associations ont déposé des recours (voir Data centers et environnement : eau, foncier et acceptabilité locale).
Les Hauts-de-France, nouvelle terre des data centers
Au sommet Choose France de mai 2026, SoftBank s'est engagé à développer 5 GW de capacité en France, pour un investissement pouvant atteindre 75 milliards d'euros. La première phase, 45 milliards d'euros pour 3,1 GW, concerne trois sites des Hauts-de-France : Dunkerque (Loon-Plage), Bosquel et Bouchain. SoftBank s'est aussi associé à Schneider Electric pour fabriquer à Dunkerque des modules d'alimentation électrique pour data centers.
La région attire aussi Data4, qui a confirmé en juin 2026 un investissement de 5 milliards d'euros à Escaudain, près de Valenciennes, et Brookfield à Cambrai. Raisons de cet attrait : du foncier industriel disponible, la proximité de la centrale nucléaire de Gravelines et un réseau électrique très haute tension renforcé dans les zones portuaires.
Pourquoi la carte se redessine
Trois facteurs expliquent ce déplacement vers de nouveaux territoires.
L'électricité d'abord. Un campus d'IA demande des centaines de mégawatts, parfois plus d'un gigawatt. En Île-de-France, la puissance demandée par les projets de data centers (6,5 GW selon RTE) approche déjà la consommation moyenne de toute la région. Les sites capables d'être raccordés vite deviennent la ressource rare (voir L'accès à l'électricité, nouveau goulot d'étranglement des data centers).
Le foncier ensuite. Ces campus occupent des dizaines d'hectares. Les friches industrielles et les zones portuaires sont recherchées, mais elles ne suffisent pas toujours, ce qui pousse certains projets vers des terres agricoles.
Le soutien public enfin. L'État a identifié des sites prêts à accueillir des data centers et la loi de simplification de mai 2026 permet de les classer « projets d'intérêt national majeur » (voir Politiques publiques : ce que l'État et les régions font pour attirer les data centers).
Combien de ces projets verront vraiment le jour ?
Il faut distinguer les annonces des mégawatts réellement mis en service. RTE avait réservé près de 18 GW de capacité de raccordement pour environ 80 projets en mai 2026, mais seuls huit data centers étaient alors raccordés au réseau haute tension, pour 800 MW cumulés. Entre l'annonce, le permis, le raccordement et la mise en service, il s'écoule souvent cinq ans ou plus. Certains projets seront redimensionnés, décalés ou abandonnés.
La tendance de fond, elle, ne fait pas de doute : la France va construire en dix ans une capacité de data centers plusieurs fois supérieure à celle qu'elle a mis vingt ans à bâtir.
Questions fréquentes
Quel est le plus grand projet de data center en France ?
Le Campus IA de Fouju, en Seine-et-Marne, porté par MGX, Bpifrance, Mistral AI et Nvidia. Il vise 1,4 GW à terme pour un investissement estimé à 50 milliards d'euros, avec une première phase prévue en 2028.
Combien y a-t-il de data centers en France ?
L'Ademe en a recensé 352 en activité en 2024. Les trois quarts environ se situent en Île-de-France, Marseille étant le deuxième pôle.
Pourquoi autant de data centers dans les Hauts-de-France ?
La région offre du foncier industriel, notamment portuaire, une électricité nucléaire abondante avec la centrale de Gravelines et des capacités de raccordement très haute tension que RTE renforce en priorité. Trois des cinq sites de raccordement accéléré (« fast track ») de RTE s'y trouvent.
Sources
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